En attendant Mana Khemia testé avec de la science. Je sais c'est long et vous vous en foutez, mais j'ai énormément de choses à dire sur ce jeu, j'y peux rien.

Je crois (si je me souviens bien des mille et quelques billets que j'ai mis en ligne depuis que j'ai commencé à bloguer en aout 2003) que je n'ai jamais vraiment fait d'article sur Tristan Edern Vaquette. Pourtant, je crois que je connais son travail depuis a peu près la même période, j'ai lu son livre, piraté ses CD, c'est grâce à lui que j'ai entendu parler de Blair, et, grosso modo, que je suis de plus ou moins loin ce qu'il fabrique (c'est à dire insulter tout le monde en prétendant que c'était mieux avant* et que les jeunes sont des cons, mais comme il le fait chez Frédéric Taddeï et pas à un arrêt de bus, ça fait de lui un subversif et non un vieux).

Petit résumé : Vaquette est un punk rouge, performeur moins extrême que Costes (j'y reviens) mais tout de même, chanteur, philosophe et écrivain dont le fonds de commerce tourne, faisons simple, autour du trolling enrobé dans un bel emballage verbeux. Par trolling, j'entends exactement le même trolling que sur un forum random : prendre une opinion quelconque si possible populaire et la démonter pour amuser la galerie. Vaquette a un -je pense authetique- côté nihiliste qui l'amène à s'en prendre à absolument tout sauf Siné, avec la volonté manifeste de s'attirer le plus d'ennuis possible. Son extrême sous-exposition médiatique par rapport à des trolls moins doués comme Dieudonné, Bigard ou BHL semble être un très bon carburant à sa fureur de trawl. Il faut dire que contrairement à eux, il a du talent.
Vaquette a quelques obsessions : renvoyer dos à dos les juifs et les arabes, renvoyer dos à dos l'UMPS et le FN (j'emploie UMPS par paresse intellectuelle, merci de ne pas m'inclure dans votre rubrique "bloc identitaire" de votre lecteur de flux RSS), passer de la musique nazie parce que c'est drôle et critiquer toute forme d'autorité, et par la même occasion toute forme de critique de l'autorité.
C'est un des points cardinaux de la pensée Vaquetienne si tant est qu'elle existe : Vaquette ne semble respecter que les plus trolls que lui -de son point de vue. Du mien, Siné n'est pas un provocateur mais un petit vieux qui dessine des bites en se croyant rebelle-, plaçant les autres soit dans la catégorie des oppresseurs, soit dans celle des trisomiques, ce qui bien sûr n'est pas sans éveiller chez moi une certaine sympathie.

Au fond, avant de me retrouver face au choix cornélien de devoir payer une place de concert pour aller voir Blair qui sera prochainement en première partie de ses âneries ou de rester chez moi jouer à Sengoku Rance, je ne me suis jamais demandé si j'aimais Vaquette.
On fait souvent le parallèle entre Vaquette et Costes (pour rappel Costes est cet artiste qui entretien un rapport avec le caca qui ferait passer Docteur Slump pour un rouleau de papier toilette lubrifié avec du gel antibactérien), mais a mon avis il n'est pas très pertinent. Le débat, avec Costes ne se situe pas dans le "j'aime ou j'aime pas" mais dans tout un tas d'autres questions non moins passionnantes comme "pourquoi autant de caca ?" "Costes est-il fou ou fait-il particulièrement bien semblant ?" "Qui c'est qui gagne, Costes ou le Roi Heenok ?"
On aime pas Costes, on en débat.
Vaquette, c'est un autre problème. L'œuvre de Vaquette est construite, disons, sur quelque chose de lisible, d'audible et de structuré. Essayant de prouver des choses, essayant de chanter, essayant d'énerver les gens par ses réflexions, Vaquette est une œuvre dont les atomes sont liés les uns aux autres, qu'on peut apprécier à sa juste ou à son injuste valeur. Costes c'est un peu Vaquette après la Mort Entropique de l'Univers. Des particules de chaleur qui font n'importe quoi en attendant la mort parce que c'est mieux que de rien faire.

Ceci dit, ça ne veut pas dire que j'aime Vaquette. J'aime bien les trolls, mais il y a un ou deux character flaw évidents -outre sa fanbase, qui pourrait bien me pousser à préférer Yamamoto 56 le soir du fameux concert- chez Vaquette.
1) Vaquette est un conspirationniste. La base de sa pensée est que chaque pas que nous (la démocratie merdique occidentale gavée nike casimir actuelle) est un clou de plus dans le cercueil autour de nos corps modelés par la peur. Certes. Problème, tout de même, c'est la certitude chevillée au corps qui semble l'étreindre qu'il est le seul phare dans un océan de caca. Oui, Toi, le Vaquette, bravo, tu as trouvé tout seul que le grand monde était méchant, que le capital nous broyait et que les cailleras de banlieues se faisaient sodomiser par le système en croyant le baiser. Je ne réfute pas le fond, mais une partie de la forme.

Mais mai 68, personne ne l’a vu v’nir non plus ; l’effondrement

De l’URSS, pareil, c’est même un cas d’école

En 85, un mois après l’élection d’Gorbatchov

Yves Montand, pour nous faire peur, met en scène à la télé l’péril rouge

Tout l’monde est d’accord, impossible d’imaginer qu’avant cent ans ne bouge

Cette bureaucratie sclérosée, gérontocrate, totalitaire

Pourtant, quelques mois plus tard, la Glasnost peu à peu conquiert

La société et naît une sphère d’utopie et de liberté

Y reste quatre ans – qui l’eût cru ? – au mur de Berlin avant d’s’écrouler

Ouais. C'est Historique mon Ami. Sauf que c'est faux. Mai 68 n'a pas été spécialement anticipé, mais c'est la conséquence des Beatles, de la pilule, du Vietnam, de la déstalinisation, des machines à laver (plus de temps pour aller cramer son soutif amarite ?), de l'alphabétisation et d'une pyramide des âges favorables aux jeunes. Mai 68 n'a pas été une révolution, mais un blocage du pays pendant un mois, avant que tout le monde retourne voter à droite après avoir brièvement transformé la France en skyblog de wanabee poète de 14 ans le temps que ça se grave dans les mémoires. Comme dans tous les processus, l'avant et l'après se ressemblent pas mal. On va encore avorter à l'aiguille pendant sept ans, et couper des têtes jusqu'en 1981. Et puis Giscard, le cohabitation, Chirac Premier Ministre, Chirac Président, Sarkozy, et Sarkozy II, merci la société de rêve dont j'hérite les amis. Vous avez envie de redevenir jeune, vieux lecteur du Pandémonium ? Vous choisissez mal votre période.
Alors, ça m'amène au dexième point : heureusement que Vaquette est là pour nous dire que personne n'avait vu venir la fin de l'URSS, parce que c'est un argument choc qui consiste à donner un bon coup de pied dans les couilles des historiens. La déliquescence de l'URSS elle était connue, reconnue et surconnue, si on sortait un peu des films de Chuck Norris et des gazettes qui font peur au prolo. Brouillée avec la Chine convertie aux vertus du pognon, se dotant d'un Gorby pour en finir, laissant tomber le communisme en Hongrie, laissant les frontières s'effriter partout, et laissant même les nationalismes locaux nettoyer leurs intérieurs ethniques (en Bulgarie), ce qui n'était pas un très bon présage vis a vis des nineties.
Trop long, pas lu ? En 1989, il ne restait de l'Union Soviétique que le mythe. Le mur est tombé bien avant d'être détruit, et tout le monde le savait.

Vaquette, tu attends la révolution, mais il n'y a pas de révolution. Que des pourrissements qui finissent par donner une grosse émeute ou une grosse fiesta. Voilà mon premier point, donc : Vaquette balance des faits, mais titube un peu quand il s'agit de produire des arguments étayant ses thèses. Il a un peu la même technique que Delerm quand il essaye de faire croire qu'il est sensible et subtil : du name dropping. Heya j'ai lu des philosophes et je cite des baltringues, je dois donc être érudit, donc ta gueule le trisomique, j'ai raison. Ca a toujours un peu tendance à me déranger.

2) Finalement, ma deuxième réserve, celle qui me chiffonne, et qui fait partie du "jeu", c'est que Vaquette ne se contredit pas. Pas au sens où ses ARGUMENTS se contredisent. Dans le sens où je n'ai jamais vu Vaquette face à un contradicteur. A part se foutre de la gueule des neuneus (99% des gens), Vaquette ne se lance que très rarement et très faiblement dans sa propre autocritique. Je sais, je sais, ça fait partie du show. Il est grand et beau. Cependant, la conjuration de la peur, je l'ai lue et écoutée en entier. A aucun moment, absolument aucun, Vaquette n'accepte de remettre en cause la moindre parcelle de ce qu'il dit. Il n'y a aucune place pour le doute dans sa pensée, et les gens qui ne doutent de rien ne sont pas sans me mettre assez mal à l'aise. je n'ai aucune idée de ce que donnerait Vaquette opposé à un Antivaquette (mettons un mec qui aime tout le monde et est absolument ravi de vivre dans cette époque formidable). C'est absolument évident que dans un duel de tchatche, Vaquette éclate BHL, Houellbecq et Marc Lévy. C'est absolument certain que Vaquette est plus cultivé que Bénabar, Sarkozy ou Philippe Val. D'accord, mais face à quelqu'un qui a quelque chose à lui dire, je ne suis pas certain qu'il serait si farouchement indestructible, l'Indispensable Tristan Edern Vaquette de Grisbeauval. Finalement, je ne l'ai jamais vu ailleurs qu'en terrain conquis, ce qui explique sans doute aussi son manque de notoriété. S'il faisait ses fanfaronnades à une assemblée du Bétar, il aurait au moins atteint la rubrique des faits-divers.
S'il acceptait de mettre vraiment dans la balance les arguments qui le feraient passer pour un con (au lieu d'asséner des arguments de nunuche débile auxquels ils casse les jambes sans même y penser), je pense que j'aurais moins de doutes sur sa capacité à aligner trois phrases en milieu hostile. Je recommande d'ailleurs à tous la lecture de son premier roman, qui était pas mal foutu dans le genre auto-analyse.

Alors au final, je ne sais pas trop. J'aime bien les spectacles de Vaquette, et je en saurais être contre la démarche d'un type qui agresse tout le monde, y compris ce qui n'ont pas l'habitude de se faire agresser. je pense vraiment que l'art doit parfois foutre un coup de pied dans la gueule avec des semelles en fer. Après, reste la démarche de payer pour un encourager un type dont le fond de commerce est d'essayer de passer pour un gros nazi parce que c'est drôle ou qui fait une apologie de la baise sans capote parce que personne n'a jamais trop trollé là-dessus à part quelques bears libertaires aux moeurs dont je veux savoir le moins de choses possibles, pitié, j'ai des yeux qui ne tiennent pas à exploser.
J'aurais exactement le même dilemme si je devais payer pour aller voir Donkishot, en fait. Quoi que Donkishot, j'aurais peur de me faire entrainer dans une rixe par un clochard (encore**). Je suis persuadé qu'ils cognent plus fort que les punks.

Bref, j'aime bien Vaquette, mais je préfère m'acheter Odin Sphere, je crois. Tout ça pour ça, je sais.

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*Je voulais intégrer ça comme argument massue contre Vaquette. Quand il vante les mérites des temps anciens qui étaient vachement bien parce qu'il y avait Boris Vian et qu'on était vachement plus libre, je ne peux pas croire qu'il est sérieux. Ou alors le character flaw principal de Vaquette c'est que c'est un gros con, mais je ne peux complètement me résoudre à le penser.

** Je ne vous ai pas raconté ça je crois ?