On m'a demandé hier si j'avais l'intention de faire grève aujourd'hui. Comme je suis en RTT, la question ne se pose pas vraiment, cependant :
1) Je suis tout à fait solidaire de cette manifestation inutile (le gouvernement légiférant par décrets-lois et n'en ayant rien à faire de vous à moins que le pays ne soit bloqué trois semaines entières, on va tous mourir au travail).
2) Titres du journal de ce soir : un manifestant selon la police, huit cent milliards selon les manifestants, on est pris en otage*. Lecteur du dentifrice, tu peux maintenant jeter ta télé et ta radio et te contenter d'un podcast de temps en temps sur Arte Video. Si tu ressens des symptômes de manque vis à vis du mauvais journalisme, lis les commentaires de n'importe quel article écrit par un attardé quelconque sur Le Post, ça devrait passer.

Bref, tout ça pour dire que je laisse les lacrymos à plus engagé que moi, et que je vais plutôt vous servir une confession intime (on reste dans la veine TF1, comme ça) : j'adore Rihanna.

Pour ceux qui n'ont pas encore arrêté la lecture de l'article, je vais préciser ma pensée.
En homme de bon goût, bien entendu, je hais le R'n'B. En trois mots : Tragédie, hey, ho. Rien à ajouter, il n'y a quasiment aucun bon R'n'B c'est une musique en plastique, ça ne se danse pas, il n'y a pas de paroles, pas de propos, par de culture derrière, c'est juste des cons trop mous pour faire du rap et des putes qui crient "baby baby" en essayant en vain d'atteindre la grâce, alors qu'elles ne sont même pas encore arrivé à l'élégance des fougères du bois de Boulogne. Le R'n'B est la lie des "musiques urbaines" (WTF). On retiendra du rap, du blues, du slam ou du Jazz de grands noms. Du R'n'B, on retiendra Mariah Carey : des dindes vendant un rêve inaccessible, factice et chirurgical à des gamines de banlieues élevées par MTV.

Cependant, j'adore Rihanna. Regardons Rihanna, écoutons Rihanna, Rihanna, c'est le bien. Parce que, au même titre que Roland Emmerich est une sorte de Godfrey Ho avec énormément d'argent, Rihanna joue dans une cours qui n'est pas une échelle de valeur, mais une échelle de non valeur. Rihanna est un produit tellement raté, tellement à côté de la plaque, tellement en décalage avec le concept de qualité (pas en opposition, en décalage) qu'une sorte de magie se met brutalement à émaner de cette étrange petite chanteuse.

Écoutons Rihanna, oui. Elle s'est essentiellement fait connaitre par Pon de Replay et Don't Stop the Music, des titres très formatés, chantés de manière très formatée par une chanteuse très formatée. C'était très médiocre, sans aucun intérêt.

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Unbeliveable it's not Mariah !

Voilà, c'est Rihanna première époque. Un peu pupute, mais ça reste gentillet, sourire idiot pour musique idiote. Le producteur essaye de lui faire transpirer le sexe, mais on sent bien qu'elle transpire tout court.

Puis arrive le miracle. Dans l'idée embrumée par la coke d'un quelconque agent de maison de disque jaillit l'idée géniale, sans doute inspirée de la carrière de Pink, ou d'un voyage mouvementé à la fistinière, d'essayer de faire de Rihanna une sorte de proto-Lady gaga (à l'époque, Lady Gaga devait être au collège ? Je ne suis pas très bonne avec la chronologie) à la fois nudiste, prostituée, robotique et gothique, et mon dieu, quelle idée géniale.

Le premier avatar de cette folie éditoriale qui consiste à habiller Rihanna avec des fringues SM et à distordre sa voix au maximum fut Umbrella, un titre que je qualifierai en tant que fan de Resident Evil comme absolument culte.

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Miracle en approche.

Rihanna époque parapluie, c'est une chanteuse à la voix de robot, en tenue moulante et latex se faisant envoyer de l'eau à la gueule, couverte d'argent et dansant nue (pourquoi ?) en brillant comme Robocop et hurlant d'une voix de Dalek : SOUS MON PARAPLUIE, SOUS MON PARAPLUIE, SOUS MON P-PARAPLUIE, APLUIE APLUIE !
C'est totalement monstrueux, le Freak Show Rihanna commençait. Et plus les années passent, plus les gens qui gèrent la carrière du monstre des Barbades osent tout ! Dans Take a Bow, c'est une Rihanna encore vaguement dans les codes R'n'B qui chante à peu près la même chose qu'au début mais avec une étrange coupe de Butch, au ralenti, les yeux mi-clos comme si on lui avait fait prendre de la drogue. C'est la dernière étape avant le grand saut : désormais, plus personne n'entendra jamais la voix de Rihanna : par ses lèvres, HAL parle tandis qu'elle se dandine dans des tenues de plus en plus porno-androgyne complètement improbables. Mi-gothique-mante religieuse, mi-toxicomane-cyborg, Rihanna se met à faire n'importe quoi : Du Buñuel Mouliné à la va-vite par Bettina Reims et Marc Dorcel avec le clip Disturbia, dont on finit même par se demander si l'étiquette R'n'B n'est qu'une farce de plus destinée à nous perdre dans un océan de bizarrerie de mauvais goût et de mauvaise qualité, tellement de mauvaise qualité qu'il devient complètement impossible de ne pas trouver ça hilarant.

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Ils me voient Rihanner, ils haïssent.

Depuis, c'est une avalanche de bizarre et de grotesque, sans qu'on comprenne bien de quoi il retourne, si ce n'est qu'on a affaire à une créature toujours plus maigre, corsetée et lesbianoïde déambulant dans des prisons soviétiques dignes d'une dystopie Orwelienne passée à la sauce Silent Hill (Russian Roulette). Les coiffures les plus invraisemblables sont osées, fusion de Marge Simpson et d'Einstein issue d'un cerveau malade du fantôme de l'Opéra. Le visage bizarre de la chanteuse semble s'arrondir à mesure que l'Autotune puissant entre en contradiction avec un corps amaigri, vidé de sa substance érotique pour tenter d'en faire une créature de fantasme ectoplasmique (en vain, et c'est ce qui est complètement bluffant, qui maintien en attente du prochain suicide stylistique)
Même dans les tentatives de faire du R'n'B "normal" (Rehab), la voix de Rihanna est mal corrigée et robotisée à l'extrême, comme pour cacher avec obliviosité le fait qu'elle ne sache pas pousser la chansonnette, et les producteurs ne peuvent plus s'empêcher d'y glisser du rouge, des hallucinations, des silhouettes qui tournent et de la triple-vue, comme si le concept même de cet Igor improbable de train de crier "Baby Baby" sur une table de D-Jay était devenu en quelques années absolument impensable, sacrilège et grotesque.

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Rihanna te mange le sexe la nuit.


La carrière de Rihanna se poursuit avec un album récent, carnavalesque au possible, qui nous livre des prestation clipesques toujours plus folles : Dans Wait your Turn, coiffée comme Bart Simpson et habillée en pirate, sur fond de synthé Bontempi années 80, Rihanna halète "the wait is over", filmée en basse résolution par un caméraman nain octogénaire, tandis que son propre visage poupin et trop maquillé fait des apparition en flash, comme un gremlin qui viendrait manger le spectateur. Le clip s'achève sur Rihanna se masturbant frénétiquement contre une statue figurant un Cygne (3:40 ça ne dure qu'une seconde, mais ça vaut le cou) puis faisant le geste de tuer le caméraman avec un pistolet imaginaire, intrusion étrange du Roi Heenok au monde de l'aluminium.
Plus bizarre encore, dans Rude Boy, Rihanna tente une percée dans le clip Warholien, avec des couleurs reggea, comme pour nous rappeler que Nono le petit robot est en fait une simple looseuse originaire de la Barbade. Mais dans ce carnaval de couleurs, une Rihanna avec un mouton de cheveux sur le crane se dandine, tantôt en sous-vêtements tandis en combinaison intégrale, alors que les couleurs s'alternent si vite qu'on penserait un instant que le réalisateur veut tuer les épileptiques qui ont eu le malheur d'y poser les yeux. Rihanna voit sa voix autosamplée et scratchée, ce qui rend cette chanson complètement inchantable. Cela et le montage hystérique font s'accentuer un malaise profond devant une telle volonté de mal faire. A noter d'étranges passages ou des nuées de bouches multicolores semblent promettre moult plaisir oraux avant que la starlette ressurgisse à nouveau, chevauchant un zèbre avec des bois formés de ballons ou de boules de bowling. La fin du clip voit brutalement un appel à la sodomie éclair : Rihanna, courbée en avant, voit un type habillé comme Grand Master Flash saisir ses reins avant qu'une image plus tard Rihanna s'éloigne en riant. Comment peut-on ne pas aimer ça ?

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Il doit y avoir quelque chose dans le Lévitique qui interdit cela.

Je pensais que le maximum serait atteint avec Hard (tout un programme) : Rihanna en militaire à moitié nue, du gros scotch sur les seins, hurlant à des troupiers androgynes "HA YE YE YE" tandis qu'eux hurlent en retour "HA YE YE YEEEE" un ton robotique plus bas. Je pensai qu'on ne dépasserais pas cette scène où, au milieu de geysers éjaculant du sable, une Rihanna en armure de pointes noires inviterait avec des gestes amples de ses ongles en métal de vingt centimètres le spectateur à s'adonner à des choses répréhensibles avec son vagin. De nouveau également, une scène de masturbation, mais ou cette fois Rihanna porte une grande culotte violette à mille lieu de tout érotisme, comme s'il fallait éloigner encore un peu cette pauvre fille du concept de sexualité traditionnelle, facile et consentie que nous vendent à longueur de temps les putains sillonnées supposées faire la même musique qu'elle. Je pensais qu'on n'irait pas plus loin que Rihanna s'enduisant d'une boue qui ressemble à s'y méprendre à de la diarrhée, se masturbant (encore, décidément) en chevauchant le canon d'un tank vêtue d'un marcel et d'un casque de Mickey en criant "SO HARD SO HARD". Seul le passage chanté par un gros con du Dirty South (avec quand même des militaires caracolant et volant au ralenti) vient nous rappeler les vagues influences R'n'B qui ont mené la bimbo des Barbades jusque là. Je pensais qu'on n'irait pas plus loin. Pas plus loin non plus que "Rockstar 101" ou Rihanna, de plus en plus nue et androgyne, voire même cadavérique, se tortille par terre, se déguise en Slash et masturbe son manche de guitare avant d'entreprendre un rapport sexuel frénétique avec l'homme invisible au milieu d'un pentagramme. Le tout filmé en très, très gros plan, en noir et blanc, avec un gros plan sur la bouche de la chanteuse à chaque gros mot. On se posera tout de même la question de savoir ce qui pousse les gens qui gèrent la carrière de Rihanna à placer de plus en plus de masturbations impromptues dans ses clips, à mesure qu'elle devient de moins en moins humanoïde. Bref, pire que ça ? Non. NON. NOOOOOON !
Eh ben si.

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PINGAS ! Comparez avec la première photo de cet article.

Dans son dernier clip, Te Amo, Rihanna ne propose pas moins qu'une orgie lesbianno-hetero-gothique avec Laetitia Casta. Je ne sais même pas quoi ajouter, quoi décrire. Laetitia Casta. Le clip s'éteint sur Rihanna, l'air à moitié morte, léchant son propre bras. Durant tout le clip, Casta, fouettée, secouée, érotisée, affiche ce qu'elle sait le mieux faire : une moue de moule avariée peinte sur le visage, déployant l'érotisme d'un pingouin, peu convaincue des gesticulations au ralenti d'une Rihanna manifestement sous tranxène.

Tout ça pour dire que je ne cache pas un seul instant mon impatience de voir Rihanna dans son premier rôle au cinéma, en vedette d'un film adaptant le jeu de plateau "Touché-Coulé" avec des aliens. Si, si.

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* Au passage, je suis parisien depuis à peine deux ans, faites que ça finisse au plus vite, mais je ne comprend pas comment des retards peuvent se retrouver bloqués sur le quai de la gare alors que les horaires des trains en circulation sont affichés PARTOUT sur le net, devant la gare, à la télé, etc. Sans doute l'espoir de passer à la télé.